20 mai 2010

La sculpture



Leurs silhouettes noircies s'alignent au garde-à-vous,
Comme autant de témoins des tués de la vie,
Incapables même de se mettre à genoux,
Pour accepter leur sort, pour choisir le répit.

J'avais cru un matin discerner un regard,
Capable de survoler des kilomètres de champs,
Croisant corbeaux, viande froide, kaléidoscopes noirs,
J'avais cru un matin discerner un vivant.

Je les ai bousculées, toutes ces silhouettes austères,
Elles m'ont tenu les coudes de leurs doigts de fréon,
J'ai traversé leurs rangs, j'ai bougé les talons,
Je me suis écroulé aux pieds de ses paupières.

Les larmes ont tout noyé, je ne reconnais plus,
Ni les champs, ni les ombres, ni ces yeux aperçus,
La boue m'a englouti jusque sous la ceinture,
Les silhouettes emmêlées forment une étrange sculpture.

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